Le mystère Tiwanaku

Updated: Jan 16


Illustration : Scott Howard

Texte: Christian Schnider, juillet 2019 (ce texte devrait faire partie d'un projet ambitieux (que je ne suis pas sûr de pouvoir mener à son terme) - un livre sur mes impressions recueillies lors de mes différents voyages effectués en Bolivie, un pays constituant un peu ma seconde patrie. D'autres photos de Bolivie: https://www.krigou.com/bolivia



Prologue

Petit, j'aspirais à devenir archéologue. Un site romain près de chez moi me fascinait. Son nom, Petinesca dans la colline boisée de Jensberg près de Bienne. Aux abords de cette colline se trouve une carrière, ou j'ai passé des après-midi entiers à effectuer des fouilles sauvages, pour dénicher quelques restes de poteries dotées de reliefs représentant des scènes de vie quotidienne et de chasse. Les aléas de la vie ont voulu que je ne me dirige point dans cette voie et cela fait partie des nombreux regrets que je traîne derrière moi. Tous ces souvenirs sont remontés à la surface lorsque j'ai découvert le site de Tiwanaku. Laissez-moi à présent vivre mon rêve de gosse et me mettre dans la peau d'un archéologue amateur, pour vous guider à travers ce site merveilleux. J'ai réuni sur cette page, mes propres constatations et différents extraits glanés sur les sources citées plus bas, pour tenter de comprendre le mystère de Tiwanaku. En espérant que ce guide vous aide à aimer ce lieu, je serai alors un des hommes les plus comblés au monde.


Introduction

Le territoire de Tiwanaku est situé au sud-ouest du lac Titicaca, là où les eaux du lac et les contreforts de la Cordillère Royale fusionnent et s'entrelacent tels des amants fous de désir. Il est un des fruits d'une bataille millénaire entre sécheresses et inondations qui, à certaines périodes, repoussèrent les rives du lac et les portèrent à plusieurs kilomètres à l'intérieur des terres. Selon une très belle légende, il s'agit du berceau de la création andine, le lieu où le dieu Wiracocha ou Tunupa, a émergé des profondeurs du Lac Sacré (Titicaca) pour créer le ciel et la terre, le soleil, la lune, les étoiles, le jour et des chaînes montagneuses au nord et au sud, avec des sommets de plus de 6000 mètres d'altitude, tutoyant le ciel.

Situé au milieu de la vallée, le site mythique, autrefois connu sous le nom de Taypikala (pierre centrale), contient des vestiges de plus de 1500 ans d'occupation humaine. Comme la société qui y vivait manquait d'écriture, tout ce que l'on sait sur son peuple et son histoire provient des recherches que les archéologues font depuis plus d'un siècle et de la mémoire des conteurs mélangeant gaiement croyances et légendes, fruits d'une émotion qui étreint les hommes et les femmes à la vue de ce splendide site antique. Tiwanaku est pour les archéologues, l'un des sites les plus spectaculaires d'Amérique du Sud. Cependant, pour le commun des mortels, il exige beaucoup d'efforts afin de s'imaginer la splendeur passée de cet endroit, comme par exemple le Macchu Picchu, mieux conservé durant des siècles par une jungle tenace.

Pourquoi ?

Contrairement aux sites du Machu Picchu, Saqsaywaman, Pisaq, Ollantaytambo et à d'autres sites connus de l'Empire Inca, visiter les ruines de Tiwanaku est plus un exercice d'observation, de documentation et de réflexion qu'une simple contemplation. De ce que fût autrefois ce superbe centre urbain du monde antique, seuls reste des vestiges partiellement reconstruits, car tout a été détruits, pillés, par d'avides chercheurs d'or et autres mécréants - la pyramide d'Akapana, le temple de Kantatayita, le temple semi-souterrain, le temple Kalasasaya, le palais Putuni, le palais Kheri Kala et la pyramide Puma Punku, tel est le menu de ce petit guide. Ces vestiges vous montreront le sceau indubitable d'une grande civilisation, dont le peuple bolivien actuel puise toujours sa sagesse et sa bonté.



Chronologie du développement de Tiwanaku

Tiwanaku a connu 5 phases de développement. Lors des phases I et II (400 av. J.-C. - 100 ap. J.-C.), le site n'était qu'un village de plus parmi tant d'autres dans la région. La culture Wankarani dans les hautes terres d'Oruro, Chiripa sur la rive sud du lac Titikaka et Pukara au nord du bassin étaient alors à la tête du développement culturel dans les hautes terres.

Après les 500 premières années, les Tiwanakotas ont réussi à légitimer le site comme le plus important établissement de la moitié sud du lac Titicaca. Organisés en une petite seigneurie, ils absorbèrent les cultures Wankarani et Chiripa et rivalisèrent un temps avec le Seigneur de Pukara, qui dominait alors la moitié nord du lac Titicaca.


La transformation du village de Tiwanaku en centre politique et rituel de premier ordre s'est produite au cours de la phase III (100-400 apr. J.-C.), avec la construction des premières structures monumentales.


Au cours de cette phase, le site s'est transformé en une ville et la société qui y résidait s'est organisée en un état d'influence régionale. L'extinction de la seigneurie de Pukara au IIIe siècle après J.-C. coïncide avec l'émergence de Tiwanaku comme puissance suprême.


Les grands projets architecturaux et agricoles qui caractérisent la phase III de Tiwanaku ont été principalement développés au cours de la phase IV (400-800 apr. J.-C.), également appelée l'époque classique.

À cette époque, Tiwanaku a commencé à envoyer des colons dans les basses terres des deux côtés des Andes et établir des enclaves commerciales à distance.


Au cours de la phase V (800-1100 après J.-C.), l'État a consolidé ses domaines en dehors du lac, organisant plusieurs régions en province. À son apogée, l'Empire s'étendait sur une grande partie du territoire du Pérou, des hautes terres de Bolivie à l'extrême nord du Chili et même jusqu'à certaines contrées centrales du nord-ouest de l'Argentine. Quatre siècles plus tard, lorsque les Espagnols s'interrogèrent sur l'origine des Incas, on leur répondit que les héros fondateurs venaient de Tiwanaku.


Mythe ou réalité, les élites incas ont copié les vocabulaires iconographiques de cette civilisation, ont envisagé la possibilité d'établir la cour royale dans ce site et ont été inspirés en partie par ses décombres pour bâtir Cuzco. À un moment donné, les Incas ont rénové l'un des temples de Tiwanaku et pratiqué divers rites dans la région. Un souverain a même fait naître son fils dans l'une des chambres que les Cuzqueños (gens de Cuzco) ont construites autour des ruines.






Tiwanaku, c'est quoi ?

La première description du site de Tiwanaku que l'on connaît date de 1549. Elle a été écrite par le chroniqueur et soldat espagnol Pedro Cieza de León. Depuis ces temps lointains, Tiwanaku n'a cessé de captiver l'intérêt et l'imagination de générations d'explorateurs, voyageurs, chercheurs et grand public. Il n'est pas rare d'y rencontrer un groupe d'écoliers devant la Porte du Soleil, découvrant la préhistoire impériale de la Bolivie ou des scientifiques discutant des détails du système de drainage de la pyramide d'Akapana ou une horde de touristes au milieu du temple Kalasasaya ressentant et absorbant l'énergie mystique qui se dégage de l'endroit. Le site est un aimant qui attire les curieux pour de nombreuses raisons, Tiwanaku étant bien plus qu'un simple amas de pierres jonchant le sol.


L'article ci-dessous, je l'ai écrit pour vous aider à comprendre la grandeur du lieu, qui ne saute pas forcément aux yeux. L'impression première est de se trouver au milieu d'un champ de ruines, lorsque l'on débarque sans préparation, comme cela a été le cas pour moi. Depuis j'essaye de me rattraper. Bonne lecture à vous...

Le site inca Tiwanaku (Tiahuanaco en espagnol) est situé à plus de 3850 mètres d'altitude, et à une quinzaine de kilomètres du fameux lac Titicaca.

La ville de Tiwanaku fut la capitale d'un puissant empire préhispanique qui étendit son influence sur une vaste zone des Andes méridionales et au-delà, atteignant son apogée entre 500 et 900 de notre ère. Les vestiges de ses monuments témoignent de l'importance culturelle et politique de cette civilisation qui se distingue nettement des autres puissances. Le centre de la cité placé en fonction des points cardinaux était construit avec d'imposantes pierres de taille soigneusement sculptées, pour épouser parfaitement les formes symbolisant la mythologie andine.



Un de ces symboles, appelé Chacana, que l'on retrouve partout dans la culture andine (architecture, bijoux, textile, céramique, etc.) représente les 4 points cardinaux, nord, ouest, sud, est. La Chacana ou croix andine est un très ancien symbole, présent dans toutes les Andes, des temps préinca à la civilisation inca elle-même et qui est aujourd’hui reconnue comme un emblème des Andes. La Chacana incarne la mythologie et le mysticisme traditionnel des populations des hauts plateaux andins. Sa signification réelle est millénaire et en fait l’essence même des croyances alimentant toute la cosmologie andine. La Chacana est à la mythologie andine, ce qu’est l’arbre de vie dans d’autres. (Source : voyages-equateur.com)





L'agriculture, un poumon économique de Tiwanaku

Les fondements économiques de cette cité sont basés sur l’existence de milliers de champs agricoles, dénommés localement sukakollos. Leurs techniques d’irrigation ont permis aux différentes cultures de s’adapter facilement aux conditions climatiques.

Ces terrasses artificielles étaient composées d'une couche inférieure de pierres irrégulières, sur laquelle était placée une couche d'argile imperméable, puis du gravier fin et enfin des terres arables. Entre coulaient des canaux d'eau, alimentés par le détournement d'une rivière. Elles constituent une importante avancée, car elles ont rendu possible une forme d’agriculture durable et par conséquent la bonne marche de l’empire Tiwanaku. Ces innovations, reprises par les civilisations suivantes, se sont propagées jusqu’à Cuzco au Pérou. (Source : whc.unesco.org)


En résumé, ces nouvelles technologies ont permis d'obtenir des rendements élevés (plus de 10%) et ceci dans un environnement défavorable (plus de 3000 mètres d'altitude). Modifier un climat hostile pour le rendre propice à l'agriculture, un exploit, dont nous les nantis du 21ème siècle, avons de la peine à évaluer la portée. Ce système est d'ailleurs toujours utilisé de nos jours sur les hauts plateaux des Andes, au Pérou, en Bolivie, etc.

Les champs surélevés protégeaient les cultures des inondations. En plus d'être un réservoir, les eaux ont ainsi produit un effet modérateur sur les températures en atténuant le gel et en créant un milieu propice au développement de divers organismes. Une fois la récolte terminée, la boue riche en nutriments était retirée des canaux et posée sur le remblai comme engrais. La forme ondulée du terrain réduisait la vitesse et la force des vents, protégeant le tout.



Tiwanaku et Tintin

Savez-vous qu'un des livres de votre enfance entretient un rapport avec cette cité? Tiwanaku a fortement inspiré Hergé, le créateur de Tintin pour son album "Le temple du soleil".


Par exemple, le dessin surmontant le trône (image ci-dessus) a été recopié à partir d'une figure représentant Viracocha, ornant la porte du Soleil à Tiwanaku. Pour certains, ce dieu central s'appellerait Tunupa, la divinité cosmique des Aymaras, souvent confondue avec Viracocha, sa variante chez les Incas. (Explications dans le paragraphe "La porte du soleil de Tiwanaku".)

Viracocha est le principal dieu à cette époque, un dieu créateur, roi de la foudre et des tempêtes. Il est parfois représenté comme un vieil homme portant une barbe (symbole du dieu de l'eau), une longue robe et transportant un sac.

La légende dit : "Avant Viracocha, le monde était sombre. Viracocha créa le soleil. Il lui commanda de se lever derrière une roche noire, l'île du soleil qui émergeait du lac Titicaca. Il créa aussi la lune et les étoiles. Ensuite, Viracocha créa les tribus des Andes. Il leur attribua un costume, une langue et des traditions. (Source : Wikipedia)


La civilisation de Tiwanaku a aussi fortement influencé celle de Huari. Les Huari furent contemporains de la civilisation de Tiahuanaco qui s'est développée sur le haut plateau bolivien, sur les rives du lac Titicaca

La civilisation Huari (ou Wari) fait référence à un peuple qui fleurit durant la période préinca. Elle prend naissance au VIe siècle de l'ère chrétienne dans la région d’Ayacucho située dans les Andes du sud du Pérou actuel. Les restes les mieux préservés de la culture huari subsistent près de la ville de Quinua. Citons aussi les ruines huari de Pikillaqta (la « ville des puces »), à une courte distance au sud-est de Cuzco en direction du lac Titicaca, qui datent d'avant la venue des Incas.


L’expansion de cet antique royaume se fit d’abord en direction de la côte vers le très important centre religieux de Pachacamac qui semble avoir gardé alors une forte autonomie. Plus tard, les Huari s’étendent vers le nord, sur les terres de l’ancienne culture Moche et où se développera par la suite la civilisation Chimú. À son apogée, la culture huari s’étend sur toute la côte et les hauts plateaux du centre du Pérou.


Les Huari furent donc contemporains de la civilisation de Tiahuanaco et les deux civilisations n’ont été que récemment différenciées. Les archéologues, du fait des nombreux points communs existant entre les deux cultures, notamment dans le domaine artistique, ont mis du temps à les dissocier.


Il semblerait que les deux civilisations n’aient été en contact que pendant une cinquantaine d’années durant lesquelles elles s'affrontèrent sporadiquement. Une source possible des conflits est la présence de mines. Les Huari paraissent avoir été affaiblis par cette rivalité et déclineront au IXe siècle. Grands bâtisseurs, ils implantèrent des centres administratifs dans plusieurs provinces et développèrent un système de culture en terrasses pour augmenter la productivité de l’agriculture dans les régions montagneuses ; ils structurèrent également leur royaume grâce à de nombreuses routes que les Incas utiliseront plus tard.

On considère souvent que les Incas, qui émergèrent trois siècles après la disparition des Huari, sont les héritiers de cette civilisation. (Source : Wikipedia)




La porte du soleil

3 mètres de haut pour environ 4 mètres de largeur, taillée dans un seul bloc de pierre (andésite*), elle pèserait plus de 10 tonnes. L'entrée de la porte n'est pas très haute ! Cela se justifie, sachant que le peuple de Tiwanaku mesurait au grand maximum, 1 mètre 65.

L’effigie principale sur la porte du soleil représente un dieu, entouré d'une foule de serviteurs ou d'auxiliaires ailés. Ils sont sculptés de profil, à moitié incliné devant lui, en signe incontestable d'allégeance. En confrontant cette iconographie à d'autres représentations archéologiques, et en cherchant dans les documents historiques et ethnologiques, des correspondances stylistiques et symboliques, certains identifient le dieu central comme étant Tunupa, la divinité cosmique des Aymaras, souvent confondue avec Viracocha, sa variante chez les Incas. Parmi les éléments significatifs, citons le sceptre de droite, qui se termine par un serpent bicéphale. S’ajoutent des traits félins et aquilins, attributs qui se retrouveront plusieurs siècles plus tard dans le temple du Soleil de Cuzco.


La fonction de Tunupa était la maintenance de l'ordre du monde. Il personnifie divers agents de la nature tels que le soleil, le vent et les tempêtes qui peuvent influencer, pour le meilleur ou pour le pire, la production agricole.

*andésite - L'andésite est une roche volcanique, généralement de couleur grise.




Méthode de construction


Quelle est la méthode employée pour arriver à concevoir un tel site aussi monumental, aussi complexe que Tiwanaku, avec les moyens techniques de l’époque ?

Les archéologues émettent l’hypothèse que pour déplacer des blocs de plusieurs tonnes, ils ont été mis sur un remblai recouvert d'argile mouillée et traînés sur une distance de dix kilomètres, à l’aide d'épaisses cordes torsadées de cuir.

En sachant que le nombre d’hommes nécessaires pour déplacer une tonne est estimé à 10 ou 20, on estime entre 1310 et 2620 personnes nécessaires, pour déplacer certains blocs. Une fois le bloc arrivé sur place, il devait être fixé aux autres blocs similaires avec des agrafes en cuivre, pesant chacune la bagatelle de 15 kilos.


Certains blocs viennent de carrières relativement proches, environ 10 kilomètres, mais que dire des blocs en andésite, venant de la péninsule de Copacabana à environ 90 kilomètres au nord de Tiwanaku. La folie des souverains, leur empressement à afficher, asseoir leur pouvoir, à susciter l'admiration de leurs sujets n’avait aucune limite. Les blocs d’andésite devaient être transportés jusqu'à un port, puis embarqués sur des navires de bois, descendus à terre et transportés jusqu'au site de Tiwanaku.



Toute peine mérite salaire

En échange de services religieux, de sécurité, d'équipements, de vêtements, de nourriture et d'autres avantages accordés par l'État, la majeure partie de la population contribuait à la construction et à l'entretien des routes, des ouvrages d'irrigation, des bâtiments publics et à diverses tâches similaires. En contrepartie, l'État était chargé de loger les citoyens, de les nourrir périodiquement avec du maïs, du quinoa, des feuilles de coca et autres repas spéciaux. Par ce phénomène de redistribution des richesses, les souverains de Tiwanaku étaient vus comme des protecteurs généreux et réussirent à acquérir la loyauté de leur population et par conséquent, maintenir la cohésion de la société.


D'où l'importance du textile

L’importance du textile était très forte à l’époque de Tiwinaku. Les dirigeants utilisaient les textiles pour récompenser le peuple pour les services rendus, pour conclure des alliances ou pour des dots lors de mariage. La reconnaissance des récipiendaires a été un des moteurs qui a maintenu la cohésion, l'économie et la politique de cet état de l’Altiplano durant les siècles, entre les différentes couches sociales.


Comme toute élite, celle-ci était très soucieuse de se différencier des gens ordinaires. Ces différences étaient marquées par le type et la qualité des coiffes, par l'utilisation de vêtements spéciaux, par les dessins qu'ils utilisaient dans leur peinture faciale et par la sophistication des objets utilisés dans la vie et qui les accompagnaient dans le tombeau. Leurs diadèmes, chapeaux à quatre pointes, coiffures à plumes, tuniques, gaines, sacs, pots, bijoux et autres pièces sont parmi les plus beaux objets fabriqués dans les Andes. Ils étaient un motif d'admiration et d'envie de tout le continent.


Matières premières

Les matières premières pour fabriquer ces articles étaient importées des régions alentour. La principale source d'obsidienne était située à plus de 300 kilomètres à l'ouest. Le basalte pour les houes agricoles venait de Querimita, une île du lac Popoó, à 300 kilomètres au sud. La sodalite utilisée dans les perles et les mortiers de cérémonie provenait de Cerro Sapo, une ville près de Cochabamba située à 175 kilomètres à l'est. Le cuivre provenait des montagnes de Quimsachata, de Corocoro et du nord du Chili, l'or provenait du bassin de la rivière La Paz et l'étain était exploité dans des gisements situés à l'est de la chaîne de montagnes orientale. La coca, le tabac, les substances hallucinogènes et d'autres produits à valeur médicale ou religieuse étaient importés du bassin amazonien. De la côte Pacifique, ils obtenaient des coquillages, du maïs, du chili, du coton et du poisson séché.



Temple de Kalasasaya et Temple Semisubterráneo

Sur la photo ci-dessous, l'on distingue d'abord, au premier plan, le temple "Templete Semisubterráneo" semi-souterrain, et en son milieu, le monolithe El Barbudo (le barbu, sage). Au fond se dresse le temple le plus imposant de Tiwanaku, le temple de Kalasasaya.


Temple Semisubterráneo

Cette cour semi-souterraine, ouverte, a une forme presque carrée (28 mètres sur 26), creusée dans le sol sur une profondeur de 2 mètres 11. Elle a été construite pendant la phase III de Tiwanaku. Connu sous le nom de temple "Templete Semisubterráneo" soit semi-enterré, on y accède par un escalier de sept marches. Les murs de confinement sont constitués de grands piliers monolithiques disposés à intervalles irréguliers, entrecoupés de pierres de taille grossières, principalement de grès rouge. Dans les murs, sont encastrées 175 têtes humaines, la plupart sculptées dans du calcaire. L'eau qui tombait pendant la saison des pluies sur le rez-de-chaussée compact du patio était récupérée au moyen de canaux passants au pied des quatre murs et qui, avec une pente de 2%, redirigeaient l'eau dans la bouche d'un collecteur situé dans le coin nord-ouest du temple.


On compte plus de 170 statues incrustées sur l'un des murs du temple semi-souterrain devant le temple de Kalasasaya. Selon une théorie, elles représenteraient les têtes coupées de l'ennemi. Selon une autre, chacune serait l'auto portrait d'une personnalité de Tiwanaku, sculpté par lui-même, ce qui expliquerait dans les deux cas, la disparité de style.

Quatre stèles de pierre étaient nichées au centre de la cour. Il n'en reste que trois actuellement sur le site. La stèle restante est le monolithe de Bennett, haut de 7,30 mètres, la plus grande des statues andines connues à ce jour. Semblable au monolithe Ponce, elle représente une personne habillée d'un bandeau, d'un masque, d'une tunique, avec ceinture et d'une jupe, ses bras tenant une coupe et une plaque contre le thorax. Son iconographie a été interprétée comme une image du savoir ésotérique, faisant allusion aux relations entre l'agriculture et l'élevage des lamas, deux des piliers économiques du pouvoir politique de Tiwanaku. La statue est considérée comme une représentation idéalisée de l'élite dominante. Dans les années 1930, elle a été transférée dans la ville de La Paz, et exposée en plein air à la Plaza Tejada Sorzano, vers le stade de football. Elle a fait son retour à Tiwanaku où elle est exposée à présent, abrité dans le Museo Lítico de Tiwanaku. Lors de ma dernière visite, le guide nous a expliqué avec le plus grand sérieux, que le bâtiment du musée se détériorait à une telle vitesse qu'il supposait que le monolithe avait envie de retrouver l'air libre et qu'il usait de son pouvoir pour s'extraire du musée !



Temple de Kalasasaya

À un peu plus de 20 mètres à l’ouest du temple semi-souterrain et au nord de la pyramide d’Akapana, un grand escalier de sept marches (une pour chaque terrasse de la pyramide Akapana) et une ouverture de porte bien visible face au soleil levant, donnent accès au vaste temple de Kalasasaya. Le mur qui délimite le temple est formé de rangées de pierres de taille finement ciselées. À l'extérieur, les murs nord et sud ont des gargouilles qui déversaient l'eau de pluie dans les canaux perpendiculaires aux murs qui eux-même devaient amener l'eau dans le canal artificiel qui entourait le centre civique de Tiwanaku.

En plein centre de ce qu'il reste du temple, un monolithe ressemblant furieusement à un moaï de l'île de Pâques. Il représente un prêtre dans son habit de cérémonie, faisant penser à un kilt écossais. Ce monolithe est appelé Ponce du nom de l'archéologue Carlos Ponce.

Monolithe "El Fraile"

Dans l'angle sud-ouest du temple de Kalasasaya, qui ne serait pas son site d'origine, se trouve le monolithe "El Fraile" (Le frère), un personnage de trois mètres de haut, sculpté dans le grès.

Le monolithe "Le Frère" a été ainsi baptisé par les premiers missionnaires espagnols, en réalité il s'agirait d'un souverain, qui tient dans ses mains - la droite a les doigts à l'envers - une canne et un vase cérémoniel. Son visage rectangulaire, avec une bande sur la tête et des yeux carrés, présente des larmes. Il possède une bande ventrale ornée de crabes marins, c'est pourquoi il a été suggéré qu'il s'agit d'une représentation du "Dieu de l'eau". Son corps était couvert d'iconographie, que l'érosion et le temps ont effacé. (Source : cocomagnanville.over-blog.com)



Deux personnages mâchant de la coca

La coca était utilisée pour le traitement des maladies et comme offrande aux divinités. Sur l'image ci-dessus, nous voyons deux personnages de haut rang, gravés sur une pierre de taille de Tiwanaku. Ils ont été représentés avec la joue droite légèrement gonflée pour symboliser qu'ils mâchent des feuilles de coca, pratique courante chez les Tiwanakotas.



Quelle activité dans le temple Kalasasasaya ?


L'alignement parfait des axes du temple de Kalasasasaya avec les points cardinaux et l'alignement astronomique de sa façade servant d'entrée ont conduit à penser que les activités menées à l'intérieur étaient liées au culte solaire et aux cycles agricoles des saisons. Un étroit escalier de sept marches, situé du côté nord du grand mur d'enceinte, réglementait l'accès des personnes au secteur ouest du temple, où se trouvent aujourd'hui la "Puerta del Sol" et le monolithe "El Fraile". Les jours d'équinoxe et peu avant l'aube, la foule entrait par cet escalier secondaire, situé dans le secteur ouest du temple, afin d'assister au lever du soleil par le grand portail est. Les grandes marches de l'escalier principal, dont certaines atteignent 40 centimètres de haut, sont notoirement surdimensionnées à l'échelle humaine, de sorte qu'elles étaient destinées à l'entrée symbolique d'un astre divin. Comme le temple semi-souterrain a la même orientation cardinale que le temple Kalasasaya, les monolithes Bennett (à voir au Museo Lítico de Tiwanaku ) et Ponce ont pu se voir par le portail, alignés sur l'axe est-ouest.

La civilisation Tiwanaku avait calculé avec une grande exactitude les 365 jours d’une année, de même que les changements des saisons. À chaque équinoxe, l’astre solaire apparaissait au centre de la porte principale du temple.



La pyramide d’Akapana

La pyramide d'Akapana devait être un sanctuaire dédié aux forces surnaturelles qui contrôlaient la pluie et la fertilité agricole selon la croyance de la civilisation de Tiwanaku.

C'est le plus grand bâtiment érigé sur le site archéologique de Tiwanaku. Elle mesure 194 mètres de long et 182 mètres de large. C’est une pyramide symétrique de 18 mètres de haut, orienté vers les points cardinaux. Elle a été complètement pillé et son apparence actuelle, laisse libre cours à votre imagination pour se représenter ce qu'elle devait être. Bon je suis sympa, je vous ai trouvé une simulation sous forme de croquis.




Porte de la Lune

Situé sur un petit monticule sur l'emplacement de Putuni où se trouvait le Palais des Sarcophages, cette porte de 2,23 mètres de haut et 26 centimètres d'épaisseur, a été faite dans un seul bloc de pierre andésite.


Cette arche monolithique possède une frise dotée de motifs zoomorphes représentant des têtes de puma avec bouche de poisson. Son linteau richement décoré est parfois assimilé à un calendrier. La Porte de la Lune devait avoir une très grande importance dans la cosmogonie de Tiwanaku. Cette porte est d'ailleurs située à l'entrée du cimetière, comme une porte vers un autre monde...



Kherikala

Le site archéologique de Kherikala est situé à 20 mètres à l'ouest de Putuni. Son nom, dérivé de l'aymara signifie "pierres de feu" et sa surface est d'environ 2000 mètres carrés.

C'est le site de Tiwanaku qui a été le plus endommagé par le temps.


Une grande cour centrale, 38 x 63 mètres, sans toit, délimitée dans ses angles par quatre piliers, peints en rouge et bas-relief cruciforme, représentant peut-être la quadripartition du territoire, composait l'ensemble.


C'était probablement un palais occupé par des prêtres responsables du système religieux de Tiwanaku. Les blocs de ses murs ont des trous où les prêtres brûlaient le koa (encens) en offrande au soleil.



Putuni

Les ruines du palais Putuni se trouvent immédiatement à l'ouest du Kalasasasaya, séparé du temple par une large avenue. Il s'agit d'un complexe rectangulaire de 69 mètres de long sur 55 mètres de large, construit à la fin de la phase IV, lors d'un épisode de rénovation urbaine au cours duquel un secteur résidentiel plus ancien a été démoli et nivelé.

Il consiste en une plate-forme en terre de 1,20 mètre de haut, entourant une cour de 48 mètres de long sur 40 mètres de large, dont le centre est un petit monolithe, dont la tête et les pieds ont été mutilés. On pense qu'au sommet de la plate-forme il y avait plusieurs habitations en pisé, aujourd'hui disparues. Le sol de la cour intérieure était à l'origine recouvert d'une couche dense et compacte d'argile rouge, l'une des particularités des bâtiments réservés à l'élite de Tiwanaku.


Il était appelé le Palais des Sarcophages, parce qu'on y a trouvé des chambres funéraires semblables à des sarcophages, faites de blocs andésites. On suppose que ce site a été une sorte de mausolée pour l'enterrement des dignitaires de Tiwanaku ou autre hypothèse, lieux de stockage d'objets de valeur.

Modélisations pour bien montrer ce que devait être la splendeur du site




Puma Punku

Non moins imposant et à quelques mètres de toutes ces ruines, se trouve Puma Punku. C'était une pyramide de grande dimension, dont les ruines montrent de grandes pierres utilisées pour sa construction.

En aymara, le nom Puma Punku signifie « la Porte du puma ». À première vue cela ressemble à un vaste champ de ruines, un capharnaüm. Mais si l'on regarde de plus près on est frappé par les nombreux blocs de pierre jonchant le sol, sculpté pour la plupart en forme de H, avec une précision déconcertante. La prouesse technologique est tellement stupéfiante, que les habitants du coin prétendent que Puma Punku a été construit par des extraterrestres.

Le site est connu pour ses vestiges d'architecture en éléments préfabriqués encastrables. Les pierres sont en grès ou andésite. Des éléments trouvés dans un état de finition incomplète permettent de comprendre la méthode utilisée pour réaliser de surprenants creusements à angle droit. Les roches étaient tout d'abord frappées à l'aide de percuteurs de pierre, qu'on peut encore trouver en nombre sur le site des carrières d'andésite, puis lentement poncées et polies à l'aide de pierres plates et de sable. L'élément le plus volumineux a été estimé à 137 tonnes. (Source : Wikipedia)




Le Temple de Kantatayita

À environ 100 mètres de la pyramide Akapana se trouve les restes du temple Kantatayita. Quasiment inexploré, il s'agit d'une enceinte de 29 mètres de large sur 35 mètres de long, composée de pierres de taille rectangulaires. Au-dessus de ces fondations se trouvaient apparemment des murs en pisé. A l'intérieur, on trouve un grand bloc quadrangulaire sculpté dans le grès, qui représente une cour avec des escaliers de trois marches chacun.

Dans la plate-forme supérieure, au-dessus des escaliers, on distingue six perforations, apparemment pour maintenir une ou des portes aujourd'hui disparues. On pense que ce bloc correspond à une maquette d'un temple qui existait réellement à Tiwanaku, mais qui n'a pas encore été découvert.

Dans un coin se trouve un magnifique linteau en arc surbaissé, sculpté en andésite grise. Sa façade présente un bas-relief avec des figures très endommagés. La frise aurait été recouverte de plaques d'or fixées par des clous du même métal, dont il ne reste que malheureusement que les orifices.


Tiwanaku ce n’était pas seulement un complexe de temples et de palais délimité par un fossé d'eau (canal artificiel). La ville s'étendait sur plusieurs hectares, dont moins de 5 % sont visibles aujourd'hui. La pierre n'était utilisée que pour la construction des bâtiments importants et monumentaux, ceux réservés pour l'élite et les cérémonies religieuses. Pour avoir une image précise de ce qu’était la ville, il est nécessaire de prendre aussi en considération les petites constructions en pisé, dont il ne reste aucune trace aujourd'hui, car leurs murs se sont effondrés avec le temps et les décombres dissous par les pluies.



Fin de l'empire Tiwanaku

Lorsque le chroniqueur et soldat espagnol Pedro Cieza de León arriva à Tiwanaku en 1549, la pyramide d'Akapana était transformée en une colline presque méconnaissable. Seuls quelques murs, enfouis dans la terre subsistaient. Qu'est-il arrivé à cette ville magnifique, qui a marqué tout un millénaire ? Pourquoi les Espagnols ne trouvèrent que ruine et désolation ? Pour comprendre les causes de la chute de Tiwanaku et de sa civilisation, il faut remonter aux derniers siècles du premier millénaire de notre ère.


La fin du IXe siècle et au début du Xe siècle, les précipitations ont commencé à diminuer de façon spectaculaire dans les Andes. L'effondrement retentissant du formidable Empire Huari (Wari) vers l'an 1000 après J.-C., fut un avertissement inquiétant que la crise environnementale pourrait avoir des conséquences fatales pour Tiwanaku.


Dans le désert et l'extrême sud, la crise a pris rapidement une ampleur catastrophique. Les Kurakas de San Pedro de Atacama ont été de plus en plus empêchés de nourrir leur population et les travailleurs des mines de la région, les seigneurs du nord-ouest de l'Argentine ont commencé à s'effondrer les uns après les autres, victimes de la sécheresse qui a miné leur économie agricole.


Au début du Xème siècle, les dernières caravanes d'État, chargées de matières premières exotiques d'Atacama, partirent à Tiwanaku, laissant les habitants des oasis en pleine insécurité pour la plupart.


Les premiers effets sur le territoire du Tiwanaku lui-même ont été ressentis dans les vallées de l'ouest, où l'irrigation des terres agricoles dépendait des rivières alimentées en grande partie par les eaux souterraines, qui sont extrêmement sensibles à la sécheresse. Année après année, les agriculteurs ont vu comment leurs canaux d'irrigation amenaient moins de débit et par conséquence, les récoltes devenir toujours plus mauvaises. On estime que l'eau disponible pour l'irrigation a diminuée de moitié à cette époque. En conséquence, la province avait de plus en plus de difficultés à envoyer suffisamment de maïs et d'autres produits agricoles à Tiwanaku.


Bientôt, la sécheresse chronique a touché le cœur même de l'État des hautes terres. Les faibles précipitations ont réduit au minimum les eaux qui alimentaient l'ingénieux système de sukakollos. La terre s'est desséchée partout, privant Tiwanaku de son principal moyen de subsistance économique.


En quelques décennies, la production de pommes de terre, de quinoa, d'oca et d'autres cultures des hautes terres a chutée drastiquement, plongeant la population dans la famine et le mécontentement. Au départ, les autorités exerçaient une forte pression sur les provinces des basses terres, exigeant des expéditions plus importantes de produits, mais elles ne pouvaient plus les fournir et d'ailleurs l'état de Tiwanaku ne pouvait plus les rembourser, car les caisses étaient vides.


Conséquence ? Le pouvoir des dirigeants de Tiwanaku commença à craquer. Ceux qui s'enorgueillissaient de pouvoir contrôler les phénomènes atmosphériques et la fertilité des champs n'ont pas réussi à endiguer le phénomène de sécheresse qui régnait partout. Les rives du lac ont reculé de plusieurs kilomètres.


Bien que les prêtres aient augmenté leurs rites au sommet de la pyramide d'Akapana, sacrifiant des enfants, des adultes et de grandes quantités de lamas pour demander la pluie aux dieux, la cour en contrebas sur le toit d'Akapana est restée désespérément sèche. Jamais plus la population de la ville n'entendit le rugissement du tonnerre au-dessus de la montagne sacrée. Rois et prêtres tombèrent alors dans le plus complet discrédit et la civilisation de Tiwanaku s'éteignit !




Tiwanaku garde sa part de mystère


Des questions se posent ?

Selon les estimations cette civilisation aurait existé il y a plus de 3500 ans et jusqu’à il y a environ 1000 ans. Certains éléments découverts laissent cependant songeur.


1. Un bâtiment découvert ressemble furieusement à un port ! Oui, sauf qu'il n'y a pas d'eau autour du site ! L'eau du lac Titicaca est aujourd’hui située à plus de 15km du site et il faudrait remonter 10 000 ans en arrière pour que l’eau soit au niveau du site. 2. L’alignement des portes avec les solstices et équinoxes, ne colle pas non plus avec les solstices et équinoxes d’aujourd’hui, ni ceux d’il y a 2000 ans, il faut remonter encore davantage dans le temps pour que ces alignements correspondent. 3. Certaines gravures retrouvées, représentent des animaux disparus il y a environ 12 000 ans. Bref, cette civilisation pourrait être bien plus vieille que l'on pense.


4. La ceinture du monolithe Fraile est recouverte de motifs représentant des crabes. Étrange à plus de 4000m d’altitude et à 300km des côtes...


Plan de Tiwanaku

Ci-dessous, plan plus large avec village actuel de Tiwanaku, Puma Punku et l'emplacement des musées

Source : Bolivia Excepcion

Source : http://www.sciences-faits-histoires.com

Source : http://cocomagnanville.over-blog.com/2018/10/cosmovision-aymara-tunupa.html Source : Wikipedia Source : unesco.org

Source : whc.unesco.org/fr/list/567/ Source : unsacsurledos Source : Huari Source : faimdevoyages.com

Source : cocomagnanville.over-blog.com

Source : https://pueblosoriginarios.com Source : https://www.americas-fr.com

Source : https://www.detiahuanaco.com

Source : http://www.precolombino.cl

Source : https://www.voyages-equateur.com/art-culture/chacana/

Source : https://www.academia.edu

Source : https://www.voyage-bolivie.com/

Source : http://www.atlantisbolivia.org/tiwanaku.htm Lire aussi : Source : Tiwanaku : les théories les plus folles Source : La plus mysterieuse des cités pré-colombiennes d'Amérique du sud

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